Le Bureau de la sécurité des transports du Canada (BST) a enquêté sur cet accident dans le seul but de promouvoir la sécurité des transports. Le Bureau n'est pas habilité à attribuer ni à déterminer les responsabilités civiles ou pénales.
Échouement
du «FEDERAL MACKENZIE» dans le chena l
Verchères-Contrecoeur (Québec)
14 juillet 1993
Rapport numéro M93L0002
Pendant qu'il remontait le fleuve Saint-Laurent, le vraquier chargé «FEDERAL MACKENZIE» s'est échoué du côté sud du chenal Verchères-Contrecoeur (Québec). L'accident n'a causé aucun dommage apparent au navire et n'a pas fait de blessé.
Le Bureau a déterminé que l'échouement du «FEDERAL MACKENZIE» a été causé par une perte de la capacité de propulsion, laquelle a entraîné la perte de la capacité de gouverne. La perte de la capacité de propulsion a été causée par le déplacement du levier de commande de l'alimentation en combustible, attribuable à la vibration causée à bord du navire pendant que celui-ci naviguait dans un chenal peu profond.
| « HALIFAX » | |
|---|---|
| «FEDERAL MACKENZIE» | |
| Numéro officiel | 231726 |
| Port d'immatriculation | Manille, Philippines |
| Pavillon | Philippin |
| Type | Vraquier |
| Jauge brute | 22 388 tonneaux<1> |
| Longueur | 222,54 m |
| Tirant d'eau (au moment de l'événement) | av.<2> : 7,86 m ar. : 7,86 m |
| Cargaison | 24 378 tonnes métriques de marchandises en acier |
| Équipage | 23 |
| Construction | 1983, Glasgow, Écosse |
| Groupe propulseur | Moteur diesel Sulzer de 8 003 kW à quatre cylindres entraînant une hélice à pas variable et muni d'un propulseur d'étrave |
| Propriétaires | Maple Shipping Corporation Manille, Philippines |
Le «FEDERAL MACKENZIE» est un vraquier classique, à bord duquel l'espace cargaison se trouve à l'avant, et la passerelle, les emménagements et la salle des machines sont à l'arrière.
La machine principale peut être commandée à partir de trois postes différents, à savoir :
Bien que la machine principale puisse être commandée à distance de la passerelle ou de la salle des machines, le poste de commande d'urgence a priorité sur les commandes à distance.
Il y a deux leviers au poste de commande d'urgence. Le levier «A» commande le train d'engrenages et est marqué «Start» (démarrage), «Ahead» (marche avant), «Stop» et «Astern» (marche arrière). Le levier «B» commande l'alimentation en combustible de la machine et est gradué de 0 à 10. Sous la position «0» se trouve la marque «Remote Control» (commande à distance), position à laquelle le levier est réglé lorsque la machine est commandée à distance.
Le levier «B» est muni à son extrémité d'un bouton de commande qui actionne un dispositif de verrouillage. Toutefois, les éléments de preuve recueillis indiquent que le mécanisme de verrouillage à rochet était usé et avait perdu de son efficacité.
Il y a un voyant d'alarme dans la salle de commande des machines pour signaler que la machine est commandée à partir du poste de commande d'urgence. Il n'y a pas un tel voyant sur la passerelle, où les voyants lumineux indiquent seulement si la machine est commandée à partir de la salle des machines ou de la passerelle.
Sur la passerelle, le voyant qui indique que la machine est commandée de la passerelle reste allumé quand le levier «B» au poste de commande n'est plus réglé à la position de commande à distance.
De nombreux voyants s'allument lorsque la machine tombe en panne.
L'hélice à pas variable tourne à l'intérieur d'une tuyère Kort orientable qui sert de gouvernail.
Après avoir traversé l'Atlantique sans encombre, le «FEDERAL MACKENZIE» est arrivé à la station de pilotage de Les Escoumins à 19 h 40<3>, le 13 juillet 1993. Le navire a poursuivi sa route vers l'amont du fleuve Saint-Laurent, à destination de Toledo, Ohio, aux États-Unis, sous la conduite d'un pilote canadien. Les machines étaient commandées de la passerelle.
À 21 h 7, le 14 juillet, le navire remontait le chenal Verchères-Contrecoeur (voir le croquis du secteur à l'annexe B) à une vitesse sur le fond de 10 noeuds. Selon les témoignages, il y avait une forte vibration, laquelle a été attribuée à ce moment à la faible profondeur d'eau sous quille. Au cours du passage dans le chenal, la machine principale est tombée en panne. Le personnel de la salle des machines n'a pas pu remettre les machines en marche à temps pour éviter l'échouement.
En l'absence de propulsion, le navire a abattu sur bâbord. Bien qu'on ait essayé de corriger la trajectoire avec la barre, l'abattée s'est accélérée. À 21 h 22, le navire est sorti du chenal navigable et s'est échoué du côté sud de ce dernier, à environ une encablure à l'est de la bouée M79, soit à la position 45·48'18"N par 73·19'19"W.
Peu après l'échouement, on a constaté que le levier «B» (d'alimentation en combustible) au poste de commande d'urgence était à la position «0». Personne dans la salle des machines n'avait déplacé ce levier. Après qu'on eut replacé le levier à la position de commande à distance, la machine principale a été remise en marche. Les tentatives pour renflouer le navire n'ont porté fruit qu'à 8 h 30, le 19 juillet 1993, après quoi le bâtiment a repris sa route vers Toledo.
Au moment de l'événement, le quart à la passerelle se composait d'un pilote, d'un officier de quart et d'un timonier.
Au moment de l'événement, le quart à la salle des machines se composait d'un mécanicien de quart, d'un électricien et d'un graisseur.
Personne n'a été blessé.
Le navire n'a pas subi d'avaries apparentes.
Il n'y eu aucune pollution.
Le navire possédait l'armement en personnel, les certificats et l'équipement qu'il était tenu d'avoir en vertu des règlements en vigueur.
Le capitaine, l'officier de quart et le pilote étaient titulaires de brevets valides pour les postes qu'ils occupaient et pour le genre de voyage qu'effectuait le navire.
Les mécaniciens possédaient les brevets voulus compte tenu de la puissance des machines à bord.
Le capitaine exerçait ces fonctions depuis 18 ans et était capitaine du «FEDERAL MACKENZIE» depuis le 24 mars 1993.
L'officier de quart possédait cinq ans d'expérience à titre d'officier de pont. Il était à bord du «FEDERAL MACKENZIE» depuis le 28 mars 1993. Comme le régime de veille en vigueur était le système habituel de quart par bordée, l'officier de quart était assez bien reposé lorsqu'il a pris son service à 20 h.
Le timonier possédait trois ans d'expérience à titre de matelot de pont et avait exercé les fonctions de timonier pendant toute cette période. Il était à bord du «FEDERAL MACKENZIE» depuis le 26 mars 1993.
Le pilote assurait la conduite de navires dans son secteur d'affectation depuis 18 ans. Son horaire de travail était aménagé de telle sorte qu'il bénéficiait d'une période de repos adéquate entre ses affectations.
Le chef mécanicien exerçait ces fonctions depuis 10 mois à bord du «FEDERAL MACKENZIE», et avait acquis de l'expérience auparavant à bord de navires similaires.
Au moment de l'événement, les conditions météorologiques observées étaient bonnes, le vent soufflait du sud-ouest à 10 noeuds, et la visibilité était bonne. Ces conditions concordaient avec les prévisions émises par Environnement Canada.
À Contrecoeur, l'influence de la marée est négligeable. Entre Lanoraie et Sorel (Québec), le courant a une vitesse moyenne de 1,8 noeud à 2,0 noeuds.
Il a été établi que l'équipement de navigation du navire était en bon état de fonctionnement. Cet équipement n'a pas contribué à l'événement.
Le chenal de navigation a une largeur minimale de 244 m et une profondeur minimale de 10,7 m.
Toutes les aides à la navigation du secteur étaient apparemment en place et fonctionnaient normalement au moment de l'événement.
Cet événement aurait pu avoir des conséquences beaucoup plus graves. Un système d'alarme essentiel n'était pas en place. En outre, il semble qu'une situation qui avait évolué pendant un certain temps, par suite de l'usure de pièces, soit passée inaperçue ou n'ait pas été prise en compte, ou les deux.
Le manuel d'exploitation du navire sur le fonctionnement des diesels RL76 précise en partie que, si le levier de commande d'alimentation en combustible au poste de commande d'urgence (levier «B») passe de la position de commande à distance à la position «0», la pression du système de commande pneumatique tombe à zéro. L'air s'échappe alors du servomoteur 5.06 arrêté, et la machine s'arrête puisque les pompes d'injection ne sont plus alimentées par l'intermédiaire du dispositif de régularisation.
Comme aucun membre du personnel de la salle des machines n'avait touché au levier «B», il est fort probable que ce levier est passé tout seul de la position de commande à distance à la position «0», dans laquelle on l'a trouvé après l'échouement.
Tout juste avant l'échouement, on avait ressenti à bord du navire une forte vibration attribuable à l'effet exercé sur l'hélice par le passage du navire dans les eaux peu profondes du chenal. Étant donné l'usure du dispositif à rochet servant à retenir le levier à un réglage prédéterminé, la vibration a dû être assez forte pour que le levier se déplace jusqu'à la position «0».
Lorsque le levier «B» est passé à la position «0», la machine s'est arrêtée faute de combustible. Comme les commandes au poste de commande d'urgence ont priorité sur celles des autres postes de commande, aucun autre réglage de ces dernières ne pouvait corriger la situation.
La cause de la panne n'était pas évidente pour ceux qui se trouvaient dans la salle des machines pour essayer de remettre la machine en marche, parce que la machine était en panne et que tous les voyants pertinents étaient allumés. Il était donc difficile de remarquer le voyant qui signalait que la machine était commandée à partir du poste de commande d'urgence.
Le navire était muni d'une tuyère Kort orientable plutôt que de l'installation classique utilisant une hélice et un gouvernail. Un tel appareil de gouverne offre un rendement accru lorsque les machines tournent à des régimes de moyens à élevés, mais il a un rendement moindre à plus faible régime, car son efficacité est tributaire de la poussée de l'hélice.
Dans le cas à l'étude, l'hélice n'assurait plus aucune poussée en raison de la panne de machine, de sorte que le navire a perdu presque immédiatement sa capacité de gouverne. Une fois la machine arrêtée, aucun mouvement de la barre ne pouvait ramener le navire dans le chenal.
L'échouement du «FEDERAL MACKENZIE» a été causé par une perte de la capacité de propulsion, laquelle a entraîné la perte de la capacité de gouverne. La perte de la capacité de propulsion a été causée par le déplacement du levier de commande de l'alimentation en combustible, attribuable à la vibration causée à bord du navire pendant que celui-ci naviguait dans un chenal peu profond.
Le Bureau n'a, jusqu'ici, recommandé aucune mesure de sécurité.
Le présent rapport met fin à l'enquête du Bureau de la sécurité des transports sur cet accident. La publication de ce rapport a été autorisée le 7 décembre 1995 par le Bureau, qui est composé du Président, John W. Stants, et des membres Zita Brunet et Maurice Harquail.
À remarquer:Le fil d'acier rattachant le levier «B» à la
barre d'appui a été installé après l'accident
pour empêcher le levier de se déplacer
vers le haut sous l'effet de la vibration.
ar. - arrière
av. - avant
BST - Bureau de la sécurité des transports du Canada
HAE - heure avancée de l'est
kW - kilowatt(s)
m - mètre(s)
N - nord
OMI - Organisation maritime internationale
SI - système international (d'unités)
UTC - temps universel coordonné
W - ouest
· degré(s)
' minute(s)
" seconde(s)
<1> 1Les unités de mesure dans le présent rapport
sont conformes aux normes de l'Organisation maritime internationale (OMI) ou, à
défaut de telles normes, elles sont exprimées selon le système
international (SI) d'unités.
<2> 2Voir l'annexe C pour la signification des sigles et abréviations.
<3> 3Toutes les heures sont exprimées en HAE (temps
universel coordonné (UTC) moins quatre heures), sauf indication
contraire.