Liste de surveillance 2018 - Mot d’ouverture

Kathy Fox
Présidente, Bureau de la sécurité des transports du Canada
et
Paul Dittmann
Membre du Bureau de la sécurité des transports du Canada
29 octobre 2018

Seul le texte prononcé fait foi.

Kathy Fox

Bonjour.

Aujourd'hui, le Bureau de la sécurité des transports du Canada (BST) publie sa Liste de surveillance 2018. Cette dernière édition contient sept enjeux auxquels il faut remédier pour rendre le système de transport canadien encore plus sécuritaire.

Depuis sa création en 2010, la Liste de surveillance constitue notre plan d'action pour le changement : nous y relevons les principaux problèmes; nous incitons le gouvernement et l'industrie à prendre les mesures nécessaires; nous faisons état de leurs progrès; et nous retirons de la Liste les enjeux dont les risques sont suffisamment réduits.

Paul Dittmann

Cette année, trois enjeux ne sont plus sur la Liste de surveillance : le transport ferroviaire des liquides inflammables, le besoin d'enregistreurs audio-vidéo à bord des locomotives en voie principale, et les approches non stabilisées jusqu'à l'atterrissage aux aéroports canadiens. Pour chacun de ces enjeux, le parcours vers la sécurité a été aussi difficile qu'impressionnant. Il convient donc de remercier tous ceux à qui nous devons cette réussite : les exploitants ferroviaires, les syndicats, les constructeurs de wagons-citernes, les législateurs, les principaux transporteurs aériens du pays, et Transports Canada.

Voilà pour les bonnes nouvelles. Le plus troublant, c'est la persistance de certains enjeux que nous avions ciblés dans la Liste précédente et qui, d'ailleurs, n'étaient pas nouveaux en 2016. Par exemple :

  • les sorties en bout de piste et les risques de collision, qui surviennent encore dans les aéroports canadiens;
  • les signaux ferroviaires qui ne sont pas toujours respectés, ce qui peut occasionner de graves collisions ou déraillements de train;
  • l'absence d'une bonne gestion des risques de sécurité dans certaines compagnies, et une surveillance parfois inefficace de la part de Transports Canada.

À maintes reprises, nous avons avancé des arguments probants pour remédier à ces enjeux, en nous appuyant sur nos enquêtes et nos rencontres avec les principaux intervenants, sur les statistiques et, souvent, sur de multiples recommandations.

Grâce à ces efforts, le gouvernement et l'industrie sont certainement au courant des enjeux et sont généralement en accord avec les mesures à prendre. Il leur est arrivé d'entamer la démarche pour régler le problème… mais pas suffisamment pour qu'il soit éliminé de la Liste de surveillance.

Kathy Fox

Et ça, c'est sans compter les enjeux vraiment difficiles, deux en particulier où nous sommes déçus du peu de progrès accompli par les intervenants.

Il s'agit d'abord de la sécurité dans la pêche commerciale au Canada, où le nombre annuel de décès a atteint son plus haut niveau en dix ans : déjà 17 morts depuis le début de l'année. Et pourquoi? Parce qu'il y a encore trop de pêcheurs qui ne reconnaissent pas la valeur des gilets de sauvetage et des appareils de signalement d'urgence. Parce que Transports Canada n'a toujours pas publié de lignes directrices claires sur la stabilité des bateaux de pêche. Et parce que la culture de sécurité a encore bien du chemin à faire pour que les pêcheurs renoncentà courir plus de risques que nécessaire.

À cela s'ajoute une autre grosse déception, soit la lenteur de Transports Canada et d'autres intervenants à répondre à plusieurs de nos recommandations. Des douzaines sont actives depuis plus de 10 ans sans avoir donné suite à une réponse pleinement satisfaisante. Bien sûr, Transports Canada est au courant du problème. Il y a deux ans, le ministre des Transports a demandé à son ministère de déterminer les dossiers qui pouvaient être accélérés. Mais depuis, il y a eu peu de progrès : Transports Canada a dépassé plusieurs fois les délais de réponse au BST, et nous n'avons constaté aucune amélioration des processus interministériels qui sont nécessaires à la mise en œuvre de nos recommandations. Ce qui était censé se faire rapidement est toujours en suspens.

Le BST est prêt à reconnaître les efforts du gouvernement et de l'industrie lorsqu'ils se concertent pour régler les problèmes. Mais le retrait de deux ou trois enjeux de la Liste de surveillance n'est qu'un début. Et il ne suffit pas de promettre d'agir; il faut respecter les engagements. Surtout lorsque l'inaction peut coûter des vies.

Nous avons déjà mentionné six des sept enjeux de la présente Liste de surveillance. Je vais maintenant conclure sur un enjeu qui est ressorti dans plus de 90 enquêtes du BST au fil des ans : la fatigue. Elle est omniprésente, particulièrement dans les transports où les activités se poursuivent 24 heures sur 24, 7 jours par semaine. Quel que soit le secteur, les équipages sont appelés à travailler durant de longues heures, selon des horaires irréguliers, parfois dans des conditions difficiles ou à travers plusieurs fuseaux horaires. Ils n'obtiennent donc pas toujours le sommeil réparateur nécessaire, ce qui peut nuire à leur rendement. Pour remédier à cet enjeu, il faut de profonds changements d'attitude et de comportement, tant chez les gestionnaires que chez les employés. Il faut de la formation en sensibilisation, des programmes de gestion de la fatigue, l'actualisation des règles sur les heures de service pour le personnel des trains, les pilotes d'avions et les officiers de quart sur les navires. Et il faut veiller à ce que les règles soient fondées sur des données scientifiques et non seulement sur les façons de faire traditionnelles.

Et c'est là, en fait, la vraie difficulté pour le BST, pour le gouvernement, pour les compagnies de transport, pour les syndicats… et pour tous les Canadiens et Canadiennes qui travaillent dans les transports et qui s'attendent – à juste titre – d'être à l'abri du danger. L'amélioration de la sécurité passe inévitablement par le changement, et le changement sera possible seulement si nous acceptons de remettre en question nos vieilles habitudes pour en trouver de meilleures. La sécurité de tous et l'intégrité de notre infrastructure et de notre environnement en dépendent.

Merci.

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