L'accident ferroviaire important à Lac-Mégantic (Québec), le 6 juillet 2013

Jean Laporte
Administrateur en chef des opérations, Bureau de la sécurité des transports du Canada
Lac-Mégantic, Québec
Le 12 juillet, 2013

Seul le texte prononcé fait foi.

En mon nom et en celui de tous les employés du BST, j’offre aux gens de la communauté de Lac-Mégantic nos sincères condoléances. Nous sympathisons à la douleur de votre communauté.

Depuis que j’ai été informé de cet accident, tôt samedi matin, mes pensées reviennent sans arrêt à ceux qui se trouvaient au Musi-Café ce soir-là.

Il s’agit fort possiblement de l’accident ferroviaire le plus dévastateur de l’histoire du Canada. Nous regrettons de ne pas pouvoir en faire davantage pour soulager votre peine. Ce qui est en notre pouvoir, c’est de vous assurer que tous les membres de l’équipe d’enquête du BST feront leur travail, et même plus.

Nous veillerons à donner à la communauté, ainsi qu’à tous les Canadiens, les réponses qu’ils cherchent. Cette enquête est pour nous une priorité absolue.

Les experts qu’il nous faut sont sur place, et d’autres seront dépêchés, au besoin. Nous réévaluons chaque jour les besoins de l’enquête et faisons les ajustements nécessaires.

J’ai rencontré l’équipe du BST qui travaille ici, sur le site. Leur travail consiste à mener une enquête de sécurité exhaustive et indépendante. Ils et elles font un travail admirable, dans des conditions difficiles.

Si je suis venue ici aujourd’hui, c’est aussi pour rencontrer des dirigeants de la communauté de Lac-Mégantic. Je leur ai assuré que nous leur fournirons les réponses dont ils ont besoin, et qu’ils sont en droit d’exiger.

Le BST est parfaitement outillé pour intervenir lors d’événements importants tels que celui-ci. Parmi des milliers d’enquêtes, nous avons notamment enquêté sur le désastre de SwissAir, sur le naufrage du traversier Queen of the North, et sur des centaines et des centaines d’accidents ferroviaires—dont plusieurs trains partis à la dérive, dans certains cas en terrain montagneux, comme dans les cas d’Edson, en Alberta, de Lillooet, en Colombie-Britannique, et même ici, au Québec, dans le cas du Chemin de fer Quebec North Shore & Labrador.

La science est une constante, et c’est sur elle que le BST doit se fonde—en faisant toujours attention de ne pas tirer de conclusions hâtives.

Dans ce cas-ci comme dans tous les cas de trains partis à la dérive, nous devons analyser la pente, le poids du train, et non seulement le nombre de freins appliqués, mais aussi leur condition, et déterminer s’ils ont fonctionné ou non, et pourquoi.

Pour cela, nous devons examiner les locomotives et les wagons-citernes. Toutefois, avant de pouvoir déplacer quoi que ce soit, nous devons tout documenter. C’est ce que nous faisons présentement, au moyen de levées photogrammétriques de tout le site.

Au cours des semaines à venir, nous examinerons un à un les freins des wagons.

Avec l’aide du National Transportation Safety Board des États-Unis, nous ferons un balayage laser tridimensionnel pour créer un modèle qui nous aidera à déterminer les causes de la défaillance et de l’explosion des wagons.

Nous allons interroger des douzaines de témoins et examiner tous les éléments de preuve. Nous y mettrons toute l’ampleur de notre expertise collective.

En définitive, nous dirons aux Canadiens ce qui s’est passé, pourquoi ça s’est passé, et ce qui doit être fait pour veiller à ce que n’arrive plus jamais.

Mais la route sera longue. En premier lieu, nous devons faire enquête. Il y a beaucoup de choses que nous ne savons pas encore. Plusieurs questions doivent être posées, et doivent trouver leur réponse.

Nous devons établir les faits, nous en tenir à ces faits, et attendre que les faits soient clairement établis avant d’en discuter.

Il s’agit d’une enquête extrêmement complexe. Ce sera un travail intensif. Et je tiens à ce que ceci soit clair : l’enquête prendra des mois, peut-être plus. Je sais que la communauté et les médias veulent obtenir des renseignements de façon ponctuelle – mais nous ne pouvons pas révéler de renseignements qui risqueraient de compromettre notre enquête ou celles menées en parallèle.

Ceci dit, si des questions relatives à la sécurité sont urgentes, nous aviserons Transports Canada et l’industrie ferroviaire sans délai afin qu’ils puissent prendre des mesures immédiates.

Nous communiquerons les renseignements au public—une fois qu’ils auront été soigneusement vérifiés. Nous faisons régulièrement la mise à jour de notre site Web, et diffuserons les renseignements et les photos sur Twitter dès qu’ils seront disponibles.

Nous publions également, de façon proactive, des données relatives aux accidents des compagnies ferroviaires individuelles, comme le Chemin de fer Montréal, Maine & Atlantique. La prochaine étape sera de fournir les données statistiques relatives à tous nos principaux chemins de fer.

Au cours des prochaines semaines, nous publierons aussi les données disponibles au sujet de tous les chemins de fer de courtes lignes au Canada.

Le résultat final de cette enquête sera l’amélioration de la sécurité du transport. Des leçons seront tirées.

Nous identifierons clairement les moyens d’améliorer la sécurité des chemins de fer pour les Canadiens et pour nos villes et municipalités. C’est l’engagement du BST envers cette communauté, et envers tous les Canadiens.